Archive

Récherche académique

Les travailleuses du sexe en Argentine et au-delà visibilisent leurs histoires par l’action politique, faisant ainsi souvent face à une répression extrême et violente. À côté des deux premières vagues d’organisation des travailleuses du sexe, une troisième semble émerger dans des pays du Sud , qui ont en grande partie été négligés par les études universitaires sur le sujet. Une de ces organisations est la Asociación de Mujeres Meretrices de la Argentina (AMMAR) : l’association des femmes travailleuses du sexe d’Argentine. Le présent essai repose sur des données issues de questionnaires, d’une observation participante, d’entretiens approfondis avec des travailleuses du sexe, syndiquées ou non, et des membres de la Central de Trabajadores Argentinos (CTA), la fédération dont elles font partie, dans dix villes d’Argentine. Il retrace ainsi les relations entre l’AMMAR et la CTA pour examiner comment ces deux organisations ont co-opéré pour organiser les travailleuses d’un secteur de travail tristement célèbre pour son caractère exploitatif, précaire, et vulnérable, afin de travailler à un changement social et politique. Cet essai contribue aux débats autour de la régénération du mouvement syndical et défie le sens commun prévalent selon lequel les travailleuses du sexe et les syndicats seraient des partenaires improbables.

Lire l’article complet sur Contretemps: http://www.contretemps.eu/interventions/lincorporation-travailleuses-sexe-mouvement-syndical-argentin

Advertisements

par Tiphaine BESNARD

Communication dans le cadre du Congrès AFS à Nantes le 5 septembre 2013.

Le travail sexuel occupe une place particulière dans le champ de la santé publique du fait du lien, établi par la littérature médicale du XIXe siècle entre la sexualité vénale et la propagation des maladies sexuellement transmissibles. Plus particulièrement, l’idée selon laquelle la prostitution représenterait un danger sanitaire a été très fortement inscrite dans l’opinion publique par la diffusion de théories pseudo-scientifiques. Dans ce cadre, le corps des prostituées a été assimilé à la saleté, à la maladie et au dégoût en général ; dégoût aussi bien physique que moral. Pendant ce siècle, les institutions médicales et policières vont travailler main dans la main pour pallier à ce problème sanitaire, justifiant sa répression, mais aussi le contrôle médical, l’assainissement et l’exclusion des prostituées de la sphère publique. Longtemps apanage des médecins et des réformateurs sociaux, le dégoût pour les prostituées a subi une mutation tout au long du XXe siècle, qui en fera l’expression caractéristique de la lutte contre la traite des femmes.

lire la suite ici : BESNARD Tiphaine, Du dégoût pour les prostituées au dégoût des prostituées, Nantes, 5 septembre 2013

par Jo DOEZEMA

lien vers le texte en pdf : https://recherchetravailsexuel.wordpress.com/?attachment_id=81

Contexte

La « traite des femmes » a, ces dernières années, été le sujet d’intenses débats féministes.

Cet article analyse la position de la Coalition Contre la Traite des Femmes (Coalition Against Trafficking in Women, CATW) et les écrits de sa fondatrice, Kathleen Barry.

Il suggère que la construction par la CATW des « prostitué-es du Tiers-Monde » fait partie d’un reflexe assez courrant parmi les feministes occidentales qui consiste à construire un « autre » blessé comme justification de ses propres pulsions positions interventionnistes.

L’argument central de cet article est que le « corps blessé » des « victimes de la Traite du Tiers- Monde » dans le débat féministe international autour de la Traite des femmes sert de puissante métaphore pour faire avancer certains intérêts féministes, qui ne sauraient être assimilés à ceux des travailleur-euse-s du sexe du Tiers-Monde elles-eux-mêmes.

Cet argument est avancé via une comparaison entre les campagnes féministes victoriennes contre la prostitution en Inde et les campagnes féministes contemporaines contre la traite.

Le terme « identité blessée » (injured identity) provient de States of Injury, Power and Freedom in Late Modernity (États du préjudice, Pouvoir et Liberté dans la modernité tardive) par Wendy Brown, paru en 1995. Brown avance que certains groupes ont formulé leurs revendications pour l’inclusion dans l’État libéral en termes de «dégats historiques». Antoinette Burton (1998) étend l’analyse de Brown à la relation des féministes victoriennes à l’Empire, argumentant que les « identitées blessées » des « autres » coloniaux étaient au cœur des tentatives féministes pour avoir leur propre rôle dans l’Empire. Ce document est construit sur l’analyse de Burton, se demandant quel rôle les « identités blessées » des travailleur-euse-s du sexe du Tiers-Monde jouent dans la construction de certaines identités féministes contemporaines. La notion d’« identités blessées » propose une façon provocatrice de commencer à examiner comment les féministes de la CATW utilisent les “victimes de la Traite” dans leur discours. Si l’« identité blessée » est un élément constitutif de la formation du sujet de la modernité tarvive, cela peut aider à expliquer pourquoi la CATW et Barry se réfèrent autant à la « souffrance » des « victimes de la Traite dans le Tiers- Monde » dans leur discours sur l’assujetissement des femmes. Cela soulève également des questions sur la possibilité de conséquences répressives des efforts de la CATW dans son combat contre la « Traite des femmes » via une législation « protectrice ».

par Louise TOUPIN

http://www.chezstella.org/docs/trafic.pdf

L’objet de cette étude est de décrire les points de vue qui identifient et différencient les
principales coalitions internationales de groupes de femmes luttant contre ce que l’on appelle
couramment le «trafic des femmes».
Les coalitions dont les documents ont été analysés sont la Coalition Against Traffic in Women, laCATW, la Global Alliance Against Traffic in Women, la GAATW. Certains documents du
Network of Sex Work Projects, le NSWP, furent aussi analysés.
Le souci principal de l’étude est de mettre en évidence les raisonnements qui sont à la source des points de vue, à plusieurs égards très divergents, des principales coalitions.
On ne trouvera, dans les pages qui suivent, ni témoignages de victimes, ni données sur l’ampleur du dit trafic, ni même de portrait général de la question. Son intention est autre. Le présent document se veut d’abord et surtout un outil permettant de mieux saisir les différentes
perspectives féministes ouvertes sur cette très complexe question. Il reste à espérer que cette
étude, à caractère essentiellement exploratoire, alimente la réflexion et contribue à clarifier les
enjeux soulevés par les différentes stratégies féministes, incluant celles des travailleuses du sexe.

http://www.petraostergren.com/upl/files/56646.pdf

de Susanne Dodillet et Petra Östergren

La criminalisation par la Suède de l’achat de services sexuels en 1999 est considérée comme
une mesure unique: punir seulement ceux qui achètent des services sexuels, et non ceux qui
les vendent. Toutefois, cette prétendue unicité est discutable, et ce pour plusieurs raisons. Il y
a un certain nombre d’autres lois et règlements contre la prostitution, qui rendent effectivement la politique suédoise de prostitution semblable à celle des pays du monde qui tentent de réduire ou d’éliminer la prostitution par des moyens législatifs. Une autre raison pour laquelle l’affirmation d’unicité est douteuse est qu’il faut faire plus qu’examiner la formulation d’un modèle de loi ou d’une politique (“il n’y a que ceux qui achètent du sexe qui sont punis”) quand on l’analyse- on doit considérer ses conséquences réelles. Par exemple, une loi contre l’achat de services offerts dans la thérapie de massage, la psychothérapie ou de conseil en santé sexuelle ne punirait évidemment pas seulement les acheteurs, mais aussi entraînerait des conséquences négatives pour ceux qui offrent les services. Par conséquent, se concentrer uniquement sur l’une des lois sur la prostitution parmi plusieurs, ne tient pas compte de ses conséquences et appeler cela un modèle politique «unique» est soit de l’ignorance soit une tromperie délibérée.

http://www.erudit.org/revue/RF/2006/v19/n1/014068ar.html

par Louise TOUPIN

La « prostitution » et la « traite des femmes » sont habituellement analysées, dans les études féministes francophones, en utilisant la violence comme angle d’analyse principal et l’exploitation sexuelle, comme schéma interprétatif unique. Le texte remet en question certains postulats et prémisses à la base de bon nombre de ces analyses. Il met aussi en évidence les problèmes conceptuels qu’ils engendrent, ainsi que les biais qui en découlent. Il se termine par un appel en faveur d’une analyse autre du travail sexuel et du travail migratoire féminin et propose une approche différente à cette fin.